J’ose le dire : parce que Derrière son double de Jean-Pierre Duprey.
Comme d’autres, je m’étais vu tomber derrière ce double comme dans les mailles d’un moi qui m’aurait accompagné depuis l’enfance, sans que je l’ai su.
Comme d’autres… Un tel, qui figura au catalogue des (anciennes) éditions Haldernablou, avait été si violemment saisi par cette lecture, qu’il ne se retint qu’au dernier moment de se jeter par la portière du train.
C’est André Breton qui évoque Haldernablou à propos de Derrière son double. Haldernablou m’était déjà connu mais j’en gardais le souvenir d’un dialogue ostentatoire, joué, mal fardé, bien qu’essentiel. Derrière son double, par sa lumière crue, jetée sur une disposition tout aussi essentielle, dissipa l’étourderie. En lisant Derrière son double, j’entrevis la vraie scène qui se jouait entre Haldern et Ablou.
La scène avec le double, l’autre soi, ou même le soi autre, et parce qu’il est autre et qu’il est manqué, et qu’à le manquer quand on a cru l’approcher, il vous prive de votre soi. L’Aimé ? — appelons-le comme on voudra, est-il jamais si défini ? — on court après lui, après son souvenir, après la disparition de son souvenir, après ces mouvements paniques où se déplient les claquements et les cliquetis des chimères amoureuses. En un mot l’Aimé et l’aimé se font une scène, une scène de ménage.
C’est ainsi, ni plus ni moins, que complètement assuré d’en être définitivement possédé — croyais-je et crois-je encore — j’érigeais cette double image au portail de mon entreprise.