Réversibilité

D’Haldernablou à Derrière son double

De l’étoile à la fusée céleste :
Ablou : Vois, Haldern, l’étoile file, file comme un hibou le feu aux plumes. De celui qui voit une étoile qui file, tout souhait est réalisé. D’agressif deviens victime, intervertissons les rôles. Haldern, je t’aime.
Haldern : Le souhait se réalise quand avant que s’éteigne la fusée céleste dans le noir la main a dessiné un signe de croix. Ta longue main de caresses est restée dans la mienne. Comparons nos mains. La mienne est plus petite. Aussi large. J’ai une main d’étrangleur.

Haldernablou scène II

«Lorsque l’eau fera corps avec ton image dans l’épaisseur d’un diamant vivant, me dit l’écho du double, je te prendrai pour moi.» Et il disait encore :
«Il convient que nos deux corps soient à l’intérieur de nous. Je veux faire de toi ma PLACE : je veux que nos veines soient un filet où prendre nos ombres…»

Derrière son double Épisode Serpent

Des lampes aux corbeaux :
Ablou : Nous sommes assez forts tous deux pour pouvoir tenter l’ascèse. Ta beauté même devant mes yeux, mes yeux, mes mains et tous mes sens resteront comme des squelettes sous une dalle. — Haussons les lampes en éclats aveuglants. — Voici les cheveux dont j’ai moi-même sur ton cou coupé des boucles folles, voici les bras qui pourraient m’étouffer, que j’ai marbré de mes griffes jalouses ; voici la claire poitrine et les hanches d’androgyne, voici les pieds de fille et les rotules en as de trèfle qui devant moi n’ont jamais plié. Voici le sexe parfait en sa norme comme une panthère endormie. — Jusqu’ici plus que moi tu défies l’ascèse.

Haldernablou scène IV

Philime. — Regarde-toi. J’ai vu ton beau corps s’envoler jusqu’au plafond, retenu au sol par des ailes de corbeaux.
Talamède. — Les corbeaux ne volent pas haut !
Philime. — Ils portent des vitraux dans leurs yeux vitreux !
Talamède. — Comme les vitraux ont l’air beaux lorsque tu les vois sans qu’ils te voient ! Les vitraux ont leurs yeux.

Derrière son double Conversation entre les dormeurs moribonds 

De Derrière son double à Haldernablou

Et si Derrière son double était antérieur à Haldernablou ? Les échos du second dégringolant d’un étage au-dessous de ceux du premier ?


Ablou : Adieu. Et par la vis interminable des escaliers parle-moi de palier en palier pour dissiper l’essaim des âmes mortes.
Le Chœur…

 Le Chœur passe en ombres dans la lumineuse projection obliquement pendulaire d’un des yeux d’écorché de la tête de mort qui s’ouvre. Phosphorescence des blanches rayures des ailes. Chaque aile, dans la glace, est la fougère d’un thorax aux nervures de côtes crispées.

… le Chœur, sur ce temps retroussé, serait à même de hausser les lampes en éclats aveuglants :

L’éclair allume sa lampe et l’éteint pour rire
Et l’enveloppe de son manteau de souris ;
Car devant Balthazar l’éclair fier vient d’écrire
En lettres de bave aux murailles du ciel gris ! 

Haldernablou scène III

La lune ombre de sang l’acier de son croissant
Le stupre aux ongles tous deux nous marchons chassant
Devant nous les lampadaires en vol de grues
Par l’horizon tendu de noir des mortes rues.

Haldernablou scène VI

Le Livre de l’Acte passé
Sur les rails de fer roule et râle.
Dormez indéfiniment , ô mains trépassées ;
Vous ne refermerez plus vos dents sépulcrales.

Haldernablou A2 scène VI

Sur les toits perchent des corbeaux monumentaux ;
Les toits sont des cercueils qu’ont cloués des marteaux
Au ciel lunaire.

Haldernablou A.2 scène. VI


On est là dans un Derrière son double, oui, véritablement, avant l’heure, prélude, ou retour vers le futur, voire pile ou face, ou encore vue de dos d’Haldernablou. Je tiens que la poésie, avant comme après, après comme avant, c’est ça ou rien.

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